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Chrétienté et culte identitaire

(chronique parue dans le Zone Campus le 16 novembre, voici la version intégrale)

Le 5 novembre dernier, je suis allé assister à une conférence organisée par le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité (CCIEL) devant une cinquantaine de personnes à la SSJB de la Mauricie. Le groupuscule présentait une pétition en faveur d’une charte de la laïcité au Québec. Mais est-ce vraiment nécessaire?

La société québécoise fait présentement face au retour - pourtant prévisible - d’une crise non réglée à propos de l’identité québécoise. Un débat social fait donc rage car les recommandations émise par Gérard Bouchard et Charles Taylor n’ont finalement jamais été appliquées par le gouvernement Charest. Les Québécois se demandent s’ils doivent permettre les symboles religieux dans la fonction publique ou encore s’ils peuvent se faire servir par un homme plutôt qu’une femme pour des motifs religieux. Je me demande également pourquoi on tient tant en enlever le crucifix de l’Assemblée nationale du Québec, un débat qui fait aussi actuellement beaucoup de vagues en France et en Italie. Pourquoi faut-il vraiment « ôter » quelque chose au lieu de tout simplement le remplacer?

Étant un symbole historique de la spécificité de la nation canadienne-française et du respect envers une institution qui a travaillé à notre survie collective, la place du crucifix chrétien est quand même assez pertinente à mon avis. Par contre, il est vrai qu’historiquement, la religion catholique a tout fait pour former l’élite bourgeoise montréalaise dans les collèges classiques et fût responsable entre autres du retard considérable de la gratuité scolaire pour l’école primaire obligatoire, qui n’arriva qu’en 1943.

D’un autre côté, si on tient à enlever tous les emblèmes religieux, il pourrait être intéressant d’y intégrer un symbole représentatif de notre identité comme le drapeau des patriotes, une paire de raquette, un bonnet de laine, un sceau pour récupérer l’eau d’érable ou même un drapeau blanc pourquoi pas! Un symbole international de paix serait peut-être plus près de notre pacifisme inné, qu’une religion qui porte comme blason un humain crucifié souffrant et agonisant se présentant comme l’unique représentant de Dieu…

Mais ce que je veux souligner c’est surtout l’importance de ne pas faire disparaître les symboles nationaux qui racontent notre histoire. Il faudrait plutôt les renforcir, les préciser, les expliquer, les valoriser afin qu’une conscience collective à l’échelle du Québec puisse continuer de croître. Le meilleur symbole à l’Assemblée nationale serait une fleur de lys.

Remplacer nos anciennes traditions catholiques par la volonté de promouvoir le fait français en Amérique, enverrait un signal supplémentaire à tous ces immigrants qui tentent de faire ce qu’ils veulent alors qu’ils sont chez nous. L’intégration n’est pas un synonyme de soumission envers les nouveaux arrivants, mais c’est bien à eux de s’incorporer dans le corps social de la nation et il est de notre devoir de leur faire connaître nos valeurs et nos choix sociaux tels que l’égalité homme/femme, l’avortement, l’euthanasie ainsi que des institutions scolaires, juridiques et sociales laïques, c’est-à-dire impartiales qui donnent priorité à la langue française.

Comme l’indiquait le CCIEL, un symbole religieux c’est littéralement un « discours ». Vous imaginez-vous arriver au CLSC et l’infirmière porte un macaron indiquant « L’avortement mène en Enfer », « L’homosexualité est un crime » ou encore « Les femmes sont des pécheresses nées »?!

En conclusion, une charte pour la laïcité est un pas de plus non seulement nécessaire mais urgent pour démontrer la neutralité de l’État québécois face à des religions qui prônent plutôt des croyances personnelles que des valeurs universelles et qui veulent s’accaparer notre paysage public. Le Québec a su soustraire la religion de ses écoles dans les années 1970 et il serait désormais aberrant de combler cette place par d’autres religions dont certaines d’entre elles ose affirmer encore l’infériorité naturelle de la femme et son devoir d’obéissance à son mari, sans oublier la recommandation de traditions barbares comme la lapidation, les mutilations génitales (excision, circoncision), le port de vêtements obligatoires et j’en passe.

Maintenant, reste à savoir quels éléments religieux déjà présents au Québec devrait-on conserver pour leur valeur historique et symbolique. Par exemple, il serait absurde et contre-productif d’effacer tous les noms de villages commençant par Saint… Bienvenue à Boniface, Arsène et Paul!!! Et je n’ai certainement pas envie d’appeler dorénavant un sapin de noël, un arbre du solstice d’hiver! Et vous ?

***

Un jour, il faudra avouer que jamais la majorité ne devrait placer les droits des religions au-dessus des valeurs sociales historiques de la nation québécoise alias canadienne-française (pacifisme, neutralité de l’État, égalité homme/femme, valorisation des arts et de la culture, goût sincère pour la mémoire du passé, etc.)

Une démocratie s’exerce par la volonté du plus grand nombre dit-on. Un récent sondage indiquait que « les Québécois sont hostiles aux accommodements dits raisonnables : il y en a trop estiment-ils à hauteur de 68% et on ne devrait plus y consentir (57% à 90% selon le cas) ». C’est donc maintenant à nous de proclamer haut et fort que le multiculturalisme de Trudeau n’est pas une idéologie politique gagnante.

C’est bien beau s’ouvrir sur le monde mais la base fondamentale, c’est bien de ne jamais oublier qui l’on est. C’est l’identité primordiale et cet attachement spécifique à un groupe en particulier qui nous invite à agir de telle ou telle façon. Tous les humains partagent une même identité qui se résume en l’espèce humaine, mais je suis d’abord un canadien-français - depuis 250 ans l’année prochaine exactement. Ce nationalisme coule dans mon sang et lorsque je vois un Canada qui gaspille 200 millions par mois pour la guerre en Afghanistan, qui tente de réprimer la langue fondatrice du Canada depuis plusieurs générations, qui est l’un des 3 seuls pays à ne jamais avoir signer la charte de droits des autochtones, qui investi davantage d’argent dans la sphère militaire qu’en éducation et qui démontre une incompétence monstrueuse en matière de protection de l’environnement… je veux quitter ce Canada.

Mon identité nationale est bel et bien québécoise (sous-entendue canadienne-française) avant de m’ouvrir sur le monde. Une ouverture qui s’accompagne également de l’importance de rester soi-même. La langue française : c’est le fondement capital de notre nationalisme. Pas l’inclusion de n’importe qui et de n’importe quelle croyance et culture! Mais bien l’intégration à notre socle commun, NOTRE identité. Ce n’est pas une fermeture aux autres, c’est l’acceptation totale de ce que nous sommes, par les nouveaux arrivants, dans le vouloir vivre ensemble.

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