Extraits des livres : Femme après le Cloître et L’essence de la vie
Extrait de “Femme après le cloître”
Je me ferais violence, je supporterais la laideur de l’habit par pur amour de Dieu. Pourtant, qui n’a pas, un jour, eu la preuve que “l’habit ne fait pas le moine”,
Je remarquai aussitôt qu’ainsi affublée, je produisais un effet différent sur les vieux pensionnaires qui m’avaient d’abord regardée curieusement. Les commentaires que j’avais premièrement suscités:
“ Vous venez comme postulante, Mademoiselle? ”, “Vous verrez qu’on est pas toujours commode”, “Mais non, elle est beaucoup trop jeune pour entrer en religion” se transformèrent vite en exclamations respectueuses: “Oh! ma Petite Sœur! ”, “Laissez-moi la toucher”. Pourtant, quelques minutes à peine venaient de s’écouler. Personne n’aurait même songé à me toucher, moi, Andréa, alors que je n’étais encore qu’une simple demoiselle, c’était tellement ordinaire. Mais une fois le costume réglementaire endossé, Andréa n’existait plus. Le personnage symbolique, la “Petite Sœur” qu’on voulait toucher parce qu’elle renfermait déjà quelque chose de sacré venait de naître. Déjà, je n’étais plus moi-même. En quittant mes habits civils, je me délestais du même coup de mon identité
Étienne terminait un congé de son service militaire et il avait eu l’idée de venir me saluer. Nous avions tant de choses à nous raconter. Mais surprise! La conversation à peine entamée, j’entendis frapper à la porte. J’allai ouvrir à une sœur.
“Ma bonne Petite Sœur, Mère Maîtresse m’envoie vous dire que la cloche a sonné et qu’il faut que vous veniez à complies.
- Mais, c’est impossible! mon frère est venu de Montréal spécialement pour me voir. Nous ne nous sommes pas vus depuis un an, m’écriai-je.”
La sœur hocha la tête et réalisant mon désarroi me dit qu’elle allait le dire à la mère maîtresse. Mais à peine Étienne et moi avions-nous rouvert la bouche que la messagère revint pour me dire que Mère Maîtresse exigeait que j’obéisse à la Règle.
Étienne, visiblement déçu et fâché, la pria d’un ton ferme de prévenir la mère maîtresse qu’il désirait un entretien avec elle.
“ Éçoutez, ma sœur, lui dit-il, j’ai payé un taxi de Montréal à Saint-Hilaire pour rendre visite à ma sœur, je ne peux repartir comme ça, à peine arrivé.”
Nouvelle tentative auprès de ma supérieure et nouveau refus catégorique. La messagère m’annonça d’ailleurs que Mère Maîtresse me faisait demander.
“ Attends-moi, Étienne, je reviens, je vais lui parler” dis-je à mon frère.
Je plaidai la cause de mon frère de mon mieux en expliquant à Mère Maîtresse que “mon frère a défrayé le coût d’un taxi à partir de Montréal, je ne l’ai pas vu depuis longtemps, que je n’ai
même pas eu le temps de lui dire bonjour” et la suppliai de me permettre quelques minutes de plus avec lui.
Non, ma bonne Petite Sœur, me répondit-elle implacablement, vous devez obéir au règlement car c’est sur cette obéissance que repose votre vocation. Je vous ordonne donc, au nom de cette même obéissance, de dire au revoir à votre frère et de venir à complies immédiatement.
Mon pauvre frère fut complètement bouleversé et se mit à pleurer quand je le rejoignis au parloir pour lui dire que la décision de Mère Maîtresse était inflexible.
“ Andréa! Je t’en prie, ne t’en va pas. J’ai besoin de te parler, c’est pour cela que je suis venu.”
Je me sentais déchirée par ce cri du cœur d’Étienne mais je trouvai la force de lui dire que je n’avais pas le choix. Il fallait que je me plie à la Règle
“ Étienne, laisse-moi partir, fais-le pour moi. La Bonne Mère me renverra si je désobéis. Je vais offrir ce sacrifice pour toi. Crois-moi, je trouve cela aussi difficile que toi mais je n’y peux rien. Nous prierons l’un pour l’autre, d’accord?”
Dans les bras l’un de l’autre, nous pleurions tous les deux, sentant que les secondes nous échappaient. Je m’arrachai soudain à son étreinte et le regardai une dernière fois dans les yeux.
“ Au revoir, Étienne! Bon courage!”
Je m’attardai quelques instants pour le regarder partir, tête basse et cœur brisé. C’est le visage ruisselant et les yeux baignés de larmes que je me présentai à complies.
C’était un vendredi soir et le vendredi était le “ jour de la discipline ”. La discipline est un fouet, fabriqué par les sœurs elles-mêmes avec de la grosse corde rugueuse. On y fait de gros nœuds très serrés et on imbibe la corde de cire pour rendre la discipline plus blessante. Au son du Psaume 50, Miserere, récité par la Bonne Mère, les sœurs se plaçaient face au mur et roulaient le devant de leur robe jusqu’à la ceinture. Elles en attrapaient ensuite l’arrière qu’elles faisaient glisser sur le côté jusqu’en avant. Elles se penchaient, fesses nues -nous ne portions jamais de culotte- et se fouettaient le derrière en serrant les coudes contre les hanches pour donner une meilleure prise et obtenir des coups plus cinglants.
Ce soir-là, c’est en pleurant que je me donnai le fouet. Et plus fort que jamais! J’offrais cette mortification pour mon frère afin qu’il ne se révolte pas contre la “folie de la Croix”, qu’il comprenne cette folie, qu’en toute bonne foi, je croyais rédemptrice.
Aucune situation ne paraissait suffisamment dramatique pour qu’on fit preuve de compassion: ma jumelle était en train de mourir! Cette fois, c’en était trop! “Tant pis, me dis-je, je me passerai de leur permission. Je quitte la communauté immédiatement! Je repars avec Bernard. Oui, je m’en vais.
Je sombrai de nouveau dans un sommeil tourmenté. À cinq heures, munie de ma petite bassine, je faisais mes ablutions lorsqu’un bruit de vitre cassée attira mon attention. Levant les yeux vers la petite fenêtre, juste en face de moi, je vis alors le corps de sœur Fébronie-du-Saint-Sacrement-Exposé qui flottait dans les airs, en chute libre entre un étage supérieur, celui du pavilon des hommes, et le pavé où il s’écrasa lourdement. Quel choc ! Je courus, une fois encore, à l’alcôve de la Bonne Mère. Je me sentais défaillir mais demeurai bien droite sur mes jambes pour lui apprendre ce dont je venais d’être témoin. “ Ma Bonne mère, un malheur est arrivé : sœur Fébronie..elle vient de se jeter en bas du cinquième étage… Derrière cette porte, qui s’ouvrait et se refermait, livrant passage aux religieuses qui me précédaient, se trouvait l’homme qui allait changer ma vie.
J’entrai doucement et pendant que je refermais la porte, il leva les yeux. Son visage s’éclaira et il bondit à ma rencontre, les bras grands ouverts. Sans prononcer une seule parole, je me blottis contre lui, le cœur battant. Il s’écoula quelques secondes pendant lesquelles nous ne fîmes que savourer notre étreinte; puis nos regards se rencontrèrent et sur nos visages, s’esquissa un sourire. Je lus dans ses yeux une telle tendresse! Il me serrait si fort que je m’en sentis immédiatement réchauffée. Alors monta en moi ce que je n’avais encore jamais ressenti. Il me tira vers une chaise où, tremblante, je pris place pendant qu’il s’assoyait à mes côtés. Pas un mot n’était sorti de nos bouches, nous ne trouvions rien à nous dire. Il me regardait comme on doit regarder ce qu’on croyait perdu et qui nous est rendu.
J’étais si émue, je souriais en effleurant son bras velouté du bout des doigts pendant qu’il serrait mon autre main dans la sienne. Non, il n’y avait rien d’autre à dire… Il se pencha vers moi, approchant ses lèvres des miennes et notre premier baiser me propulsa dans une ivresse inconnue jusque-là. Il chuchota enfin: “Andréa”. Toujours à voix très basse, il ajouta : Quand pouvons-nous nous revoir? Et où?”
.“ Veux-tu passer à Shawinigan?
- Oui, oui, c’est ça, Andréa, j’irai à Shawinigan… je t’appellerai avant, d’accord?”
Une fois sortie, je fus prise d’un tel vertige que je demeurai un long moment immobile dans ma voiture, le siège renversé vers l’arrière. Par toutes les fibres de mon corps, je savourais cette sensation nouvelle. Était-ce cela qu’on appelait l’amour ?
Les règlements, beaucoup plus stricts que chez les Petites Sœurs, s’appliquaient avec rigidité. La discipline (fouet), par exemple, se donnait deux fois par semaine et les coulpes atteignaient les sommets du ridicule. Nous devions accuser des fautes insignifiantes et pouvions demander des pénitences publiques parfois très excentriques -je butai, un jour, contre sœur Marie-de-la-Sainte-Face qui, étendue sur le sol, bloquait l’entrée du réfectoire. Couronnée d’épines, elle forçait toutes les sœurs à enjamber son corps. Lorsque nous fûmes toutes assises à nos places, sœur Marie se planta au beau milieu de la pièce et se flagella, pour imiter le Christ. De quelle horrible faute avait-elle pu s’accuser? Peut-être d’avoir -il m’arrivait souvent d’entendre ce terrible aveu au chapitre des coulpes- laissé paraître un ou quelques cheveux hors de son bandeau? Dans ces moments-là, je pouffais, cachée dans mon scapulaire. Quel mal y avait-il à montrer quelque chose d’aussi naturel qu’un cheveu?
Lorsque, par exception, un ouvrier - un homme! - devait pénétrer à l’intérieur du cloître, la sœur qui l’accompagnait faisait retentir une clochette pour nous prévenir. Nous devions nous voiler le visage sur-le-champ.
Mère Irène, une Française, était d’une grande bonté. Elle me parla sur un ton compréhensif, avec douceur et gentillesse.
“ Vous savez, notre Mère est bouleversée par vos idées, elle est dépassée. Je vous conseille de lui en dire le moins possible. Je vais vous aider de mon mieux, nous pourrons échanger toutes les deux, mais n’en dites rien surtout. Je ne suis pas contre Mère Prieure et je ne voudrais pas qu’on le pense. Seulement, elle est âgée.. J’ai bien peur que vous ayez à souffrir ici, on manque d’air, c’est étouffant.”
Encore plus ferme dans ma détermination, je songeais plus sérieusement que jamais à quitter le Carmel. Le psychologue m’avait assuré que je pouvais parfaitement me réaliser hors des murs et moi-même j’en étais persuadée.
Lorsque ma prieure me fit appeler pour que je lui fisse le compte-rendu de ma vie à Québec, je compris immédiatement que je ne pourrais même pas rester au monastère pendant les trois jours convenus. J’aspirais maintenant à retrouver ma totale autonomie et le climat de dictature du cloître me parut plus évident encore. J’éprouvais même une grande pitié pour les sœurs que je retrouvais et qui m’apparaissaient comme des petites filles naïves et soumises.
Cette communion aux êtres, aux choses et à Dieu dont avait parlé le psychologue s’exprimait en présence de Carmen, d’Irène ou d’Antoine avec qui je goûtais les délices de l’amitié; elle s’exprimait dans la contemplation des fleurs, d’une flamme, d’un coucher de soleil sur un lac, d’une mosaïque de couleurs
sur un carreau vitré; elle s’exprimait dans l’immobilité quand je me sentais proche de Dieu que je découvrais en moi et dans toute Sa création. Dieu me montrait Son vrai visage et Il continuait d’être mon refuge bienfaisant.
Tout se passait maintenant dans une profonde tranquillité d’esprit et je puisais en moi-même la force d’avancer vers la nouvelle vie que je choisissais librement. Oui, je savais ce que je voulais.
__________________________________________________________________________________________
Extrait de “L’essence de la vie”, Septentrion, 2007

P.11 : “Il faut chercher un sens à sa vie.” On entend et lit si souvent cette phrase, ces dernières années, qu’elle est presque devenue un slogan. Elle laisse supposer que la vie ne possède pas en elle-même son propre sens. Or ce sens, on le cherche, alors que par essence, il existe déjà en soi-même, prêt à se laisser découvrir et comprendre. Je désire partager une façon de faire cette découverte et, aussi, de jouir du sens, du “grand” sens de la vie, en puisant dans la vie elle-même. Ce n’est surtout pas l’espérance d’un ciel à gagner que je veux transmettre, ni même celle du bonheur, quoiqu’il peut en découler. Je souhaite donc - ce livre n’a pas d’autre but- aider à reconnaître le sens de la vie dans l’accomplissement de soi. S’accomplir n’est possible qu’en cheminant au quotidien sur les voies terrestres et humaines.
p. 12 L’habitude d’un exercise mental qui renforce un sain état d’esprit peut faire couler le bien-être et la félicité, le bonheur étant le but principal de la vie. qui ne désir pas être heureux ?
p.105 L’amour à notre portée. L’Amour, hélas est un mot que l’on emploie à toutes les sauces. Le plus souvent, on le confond avec la sexualité, alors que ce sont deux choses diffrentes.
Mais qu’est-ce que l’amour? Quelle définition peut-on donner à ce mot porteur de tant de désirs, de tant d’envies, de tant de souhaits, l’amour que tous et chacun voudraient posséder sans jamais le perdre ?
p.108 L’Amour de soi: bien dans sa peau! S’aimer soi-même, découvrir que l’on s’aime, c’est le constat de la capacité d’aimer les autres.
p.117 Question à Rebecca, 8 ans: C’est quoi l’amour pour toi? - Ma grand-mère a de l’arthrite, elle ne peut se pencher pour se peinturer les ongles d’orteils, alors mon gand-père, même s’il a lui aussi de l’arthrite, c’est toujours lui qui le fait pour elle. L’amour, c’est ce qui te fait sourire quand tu es fatigué. Terri 4 ans.
Un petit garçon, voyant un vieillard qui pleurait (il avait perdu son épouse), alla tout simplement s’asseoir sur ses genoux. Plus tard, sa mère lui demanda ce qu’il avait dit au monsieur et l’enfant répondit: “Rien, je l’ai juste aidé à pleurer.”
___________________________________________________________________________________________
_

















Bulletins (RSS)